Nasri sur la pointe des pieds
Flamboyant avec Arsenal, Samir Nasri n'est pas pour autant incontournable en équipe de France. L'éclosion de Yoann Gourcuff au poste de meneur de jeu a peu à peu éclipsé l'ancien Marseillais, qui fera son retour chez les Bleus après trois matches manqués, mercredi soir, face à l'Uruguay. Mais le Gunner ne s'en fait pas. Sa polyvalence joue pour lui.

En dehors du terrain, Samir Nasri est un homme discret. Tellement discret que son retour en équipe de France passe presque inaperçu. Pourtant, le meneur de jeu brille sous les couleurs d'Arsenal, comme en témoignent ses deux buts décisifs inscrits contre Manchester United il y a dix jours (2-1), en Premier League. Mais voilà, le néo-Gunner n'a plus porté la tunique tricolore depuis le 6 septembre dernier, date du naufrage des Bleus en Autriche (1-3), comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2010.
Y a-t-il un lien entre cette défaite et son absence ? Pas vraiment, Nasri ayant été victime d'une contusion au genou droit qui l'a immobilisé quelques semaines, d'où son forfait face à la Serbie (2-1). Une fois rétabli, le sélectionneur national, Raymond Domenech, l'a ensuite jugé "trop juste" pour le convoquer dans le groupe retenu contre la Roumanie (2-2) et la Tunisie (3-1). S'il sera bien là lors du match amical face à l'Uruguay, mercredi soir au Stade de France, Samir Nasri a eu la mauvaise surprise de voir éclore Yoann Gourcuff entre temps. Et le Bordelais, passeur devant les Serbes, buteur face aux Roumains, s'est montré à son aise chez les Bleus, au point de devenir le choix numéro un.
"Je ne vois pas Yoann comme un concurrent, estime pourtant l'ancien Marseillais dans les colonnes de France Football. Au contraire, nous pouvons même être complémentaires et tous évoluer ensemble avec lui, Karim (Benzema), Franck (Ribéry) ou encore Hatem (Ben Arfa). Tout ça renforce la concurrence, c'est bien pour les Bleus, et ça sent bon pour l'avenir." Il n'empêche que dans l'esprit de Raymond Domenech, tous ces joueurs, aussi talentueux soient-ils, ne peuvent pas être alignés au même moment. Hatem Ben Arfa n'a d'ailleurs pas été sélectionné pour ce rendez-vous amical. La complémentarité vue entre Gourcuff, Ribéry et Henry a aussi été flagrante en l'absence de Nasri.
"Pas moins performant que quelqu'un qui a un pied gauche spécial"
Mais le nouveau protégé d'Arsène Wenger ne veut pas entrer dans ce jeu: "La bonne nouvelle est surtout de voir un nouveau jeune se révéler au plus haut niveau. Si Yoann continue de répéter ses performances, la sélection continuera d'en tirer profit, c'est bon pour tout le monde." Surtout que le Londonien a d'autres atouts dans sa manche, notamment sa polyvalence. "Meneur de jeu excentré", comme il se définit lui-même, il est capable d'évoluer sur un côté et de repiquer au centre pour créer le surnombre. Au contraire du Girondin qui, lui, est plutôt un numéro dix à l'ancienne, axial. A Arsenal, c'est à ce poste de milieu excentré à gauche que Nasri évolue, n'hésitant pas à laisser le champ libre à Gaël Clichy, dans son dos.
Cette association chez les Gunners peut donc être une solution viable en équipe de France, où Clichy s'impose en arrière latéral. L'absence de milieu gauche pur face à l'Uruguay tend également à conforter cette option. "Je ne pense pas que Samir Nasri soit moins performant à gauche que quelqu'un qui a un pied gauche spécial, estimait justement Raymond Domenech en conférence de presse. On peut dire que c'est mieux équilibré quand il y a un gaucher à gauche et un droitier à droite mais il y a des entraîneurs qui font l'inverse. Après, tout dépend du style de jeu de l'équipe, s'il y a des débordements ou non. C'est toute une organisation." Nasri a donc vu juste. Gourcuff n'est pas un frein, mais un choix de plus. Reste à voir dans quel ordre de priorité.
(Source : Nouvel Obs.com)